Naran-Est/Congrés de l’Association pour le Développement de Woniack-Suzana (ADWS) : Les « laissés pour compte » de la république plaident pour une équité sociale et territoriale

Scoopsdeziguinchor.com : L’accès à des infrastructures socioéconomiques, de santé, d’éducation, d’eau et d’assainissement, d’électricité et la mise en place d’infrastructures agricoles pour le soutien à la production ont un effet de levier direct sur la qualité de vie des populations et le développement des contrées. Ce qui est loin d’être le cas dans le Naran-Est, une zone territoire du département de Bignona, où les populations confrontées à une multitude d’enclavement qui plombe leur survie se considèrent, à tort ou à raison, comme des « bannis » de la république. D’ailleurs la 4ème édition du congrès de l’Association pour le Développement des localités de Woniack-Suzana (ADWS) « Sofora » a à nouveau permis aux populations locales de lever un coin du voile sur les nombreux maux qui les assaillent et de plaider pour l’avènement des politiques publiques au niveau du Naran-Est, une zone beaucoup plus connectée économiquement à la Gambie voisine. Et ce, au nom de l’équité territoriale et sociale  

La Casamance ! Une région où l’environnement sociopolitique est aujourd’hui porteur d’espoir ; mais où dans certaines contrées la vie et les conditions d’existence des populations demeurent un défi quotidien à relever du fait d’une économie locale totalement paralysée.  Symbole d’ailleurs de ces localités où les difficultés des populations lasses de près de 40 ans de conflit armé s’accumulent et où les blessures provoquées par la crise peinent encore à se cicatriser : Woniack et Suzana. Deux localités jumelles de la commune de Kataba I qui polarise 35 villages. Et deux localités de la zone territoire du Naran-Est qui, à l’instar de celles du Naran-Ouest impactées également par le long conflit casamançais, continuent encore de payer un lourd tribut à cette longue crise armée. Seule lueur d’espoir ici, c’est la prise de conscience des communautés locales par rapport à la nécessité d’œuvrer et de s’engager dans la voie de la paix et du développement ; et ce, à ce travers l’organisation à Woniack du 21 au 23 mai dernier de la 4ème édition d’un Congrés annuel à l’actif de l’ADWS-Sofora (Association pour le Développement de Woniack-Suzana). Une structure dont les membres ont saisi l’opportunité de cette manifestation à forts relents culturels et socioéconomiques pour engager la réflexion sur les maux qui minent le développement du Naran-Est et qui se singularisent et s’identifient tout bonnement au vocable « Enclavement ».

Les limites de la Politique d’inclusion de l’Etat

C’est parce que tout est prioritaire et qu’il y a des surpriorités dans ces zones frontalières que l’Etat a décidé à travers le Programme d’Urgence de Modernisation des Axes et Territoires Frontaliers (PUMA) d’investir et s’investir afin d’aider les populations à acquérir les besoins primaires en manque dans ces zones-là. Une manière pour l’Etat de changer positivement le visage de la bande frontalière à travers une série de réalisations innovantes. Une politique d’inclusion sociale et d’équité territoriale qui de l’avis du gouverneur de Ziguinchor est entrain d’asseoir la paix en Casamance. C’est d’ailleurs tout le sens de l’inauguration le vendredi 21 mai 2021 du poste de santé de Courame qui polarise un nombre important de villages dont celui de Woniack et qui s’inscrit dans le cadre de la promotion de l’accès aux soins de santé. Car pour les autorités étatiques ce sont les services, les infrastructures socioéconomiques de base et le développement local qui vont être les secteurs importants du développement durable. «  La réalisation de ces infrastructures par le PUMA répond à la vision du chef de l’Etat qui veut que les territoires frontaliers puissent bénéficier d’infrastructures capables d’assurer l’épanouissement social des populations mais également le bien-être de ces localités » souligne le gouverneur Guedj Diouf. Et pour qui l’équité territoriale et sociale sous-tend que tout sénégalais où il puisse se trouver au niveau du territoire national doit avoir les mêmes accès aux services sociaux de base et que toute partie du territoire national également doit pouvoir accueillir des infrastructures nécessaires pour le développement et l’épanouissement social des populations.  Seulement voilà ! Une telle politique est encore loin de concerner bon nombre de localités du Naran-Est ; telles Woniack et Suzana des localités du Naran-Est non encore arrosées par les investissements et laissées en rade par les politiques publiques.

Communautés abandonnées à leur triste sort : Des bannis de la république ?

C’est connu ! L’absence de l’Etat n’est point un secret de polichinelle dans ces endroits perdus et difficiles d’accès de la Casamance. D’ailleurs pour accéder à la localité de Woniack cadre de la 4ème édition du Congrés de l’ADWS Sofora il a fallu, à partir d’Ebinako sur la RN5, sillonner en moto Jakarta  pendant près dune-heure une piste sinueuse et chaotique traversant Mongone qui abrite le premier check-point des combattants de la base de Diakaye  et  la Zone des Palmiers. Des pistes  dans un mauvais état et qui ne facilitent point la mobilité interne de la population et le transport des biens. Les seuls moyens disponibles étant constitués ici, en plus des motos Jakarta, de minicars souvent vétustes avec immatriculation gambienne et qui assurent le trafic entre les localités du Naran enclavées  et la Gambie. Des localités où les activités des populations sont plus orientées vers cet Etat voisin où dépend également en grande partie leur survie. « Tout ce que nous consommons provient de la Gambie et les échanges intérieurs se font avec la monnaie gambienne parce que trouver le franc Cfa n’est pas facile ici » nous renseigne Satou Bodian. La présidente du Groupement Economique des Femmes de Woniack-Suzana pour qui le Dalasi (monnaie gambienne) est encore et toujours roi dans le Naran-Est et ses environs. « Même nos enfants peinent à  se familiariser avec le CFA dont le billet  s’apparente d’ailleurs pour cette frange de la population à un simple bout de papier susceptible d’être déchiré » justifie-t-elle.  Et en outre malgré les nombreuses potentialités agricoles et arboricoles dont regorge Woniack, les populations locales tardent encore à profiter de ces richesses. « Nous avons des problèmes d’évacuation de nos produits agricoles en particulier qui finissent par pourrir, voire être laissés à la merci des animaux ; et ce, du fait d’une circulation limitée voire quasi inexistant des personnes et des biens occasionnée par l’enclavement de la zone » se désolent les femmes de Woniack-Suzana. Satou Bdian président des femmes de Woniack-Suzanna s’exprime en leur nom !

C’est dire que pour l’ADWS l’accent doit être mis sur le désenclavement de la zone avec de nouvelles routes et l’entretien des voies existantes. Car pour le président de la jeunesse de Woniack Youssoupha Coly « les zones intérieures tells que Woniack, Suzana et les villages environnants sont coupées du reste du monde  notamment pendant l’hivernage. D’où la nécessité selon les jeunes du Naran-Est d’avoir des pistes inter-villages et surtout de pistes de production pour parvenir à l’intégration de l’économie locale et de pouvoir opérer à des transactions saines avec le reste du pays et la Gambie. « L’enclavement et la défectuosité des voies de communication rendent difficile l’approvisionnement et l’écoulement des produits. Aujourd’hui pour booster le secteur et en faire un levier de développement pour le Naran-Est il faut la réhabilitation et l’amélioration des infrastructures » soutient Youssoupha Coly. Lequel revient d’ailleurs ici sur les contours de leur congrés.

Des localités qui peinent à saisir leur réelle identité

Ainsi pour ces localités déjà impactées par la crise casamançaise, ces difficultés de mobilité dues à l’enclavement influent négativement, du coup, sur l’accès des populations aux services sociaux de base. Conséquences : Woniack, Suzana et la quasi-totalité des villages du Naran-Est sont encore aux antipodes de l’émergence tant chantée sous nos cieux. « Pas de maternité non fonctionnelle depuis sa construction par l’ASVM en 2018 ; une école en construction depuis 2011 toujours inachevée ; pas de foyer des jeunes ; pas des pistes de production pas de case de santé pour la prise en charge des premiers soins ; pas de véhicule servant d’ambulance pour le dispensaire de Courame dont dépendent les villages du Naran-Est, etc. Un tableau sombre dressé par le président du Congrés de l’ADWS Nfally Badji. « Quelle est la part de la Collectivité locale pour le développement de notre zone ? Quelle est celle du département ? Quelle sera la contribution des populations locales pour l’émergence de nos localités ? » S’interroge Nfally Badji qui plaide au passage pour l’élaboration d’une feuille de route afin de situer les niveaux responsabilités de chaque entité. Voici l’intervention du président de la 4ème édition du congrés de l’ADWS.

Tout comme le représentant du parrain Youssoupha Tambedou natif de Samboulandian dans le Naran-Est et qui  a exhorté l’Etat à les appuyer en leur dotant de moyens d’existence pour réduire la pauvreté dans ces zones pourtant d’une grande diversité de richesses agricoles, mais qui ont durement subi toutes les affres du conflit casamançais. Le représentant du parrain livre ic ses sentiments face à la presse.

 

 

 

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