Casamance/Mémorandum du Cadre de Concertation Bignona Sur le Barrage d’Affiniam : C’est encore et toujours la galère chez les communautés à la base

Scoopsdeziguinchor.com : Quatre ans après sa réhabilitation et sa réception par les autorités étatiques, le Barrage d’Affignam aujourd’hui opérationnel est encore loin d’atteindre les objectifs qui lui sont assignés ; à savoir l’atteinte, entre autres, de l’autosuffisance alimentaire, l’augmentation des revenus du monde rural et l’éradication de l’exode rural. En cause, la non-réalisation d’aménagements secondaires, de périmètres maraichers, de bassins piscicoles, de forages, etc. pour intensifier les activités rizicoles, agricoles et piscicoles  dans les vallées du Buluf et de Bignona et booster, du coup, le développement économique et social dans le département de Bignona. C’est dire que la non-réhabilitation du marigot de Bignona et l’aménagement toujours différé de petites digues anti sel ont aujourd’hui de quoi compromettre la survie des communautés riveraines du barrage d’Affignam dont le quotidien tangue entre désespoir et …désespoir. D’où ce mémorandum adressé au préfet du département par le Cadre de Concertation Bignona sur le Barrage d’Affiniam S/C des Chefs de villages Riverains du marigot de Bignona le 6 février dernier. Un mémorandum aux relents de cri de cœur dont www.scoopsdeziguinchor.com vous propose l’intégralité !

A l’attention De Monsieur Le Préfet Du Département de Bignona

MEMORANDUM RELATIF A L’IMPACT DU BARRAGE D’AFFINIAM SUR LES POPULATIONS BENEFICIARES DU DEPARTEMENT DE BIGNONA

               CONTEXTE

Grâce aux conditions climatiques favorables à l’agriculture, la Basse Casamance était potentiellement considérée comme le « grenier du Sénégal ». Cet optimisme a encouragé, avant les années 70, le Gouvernement du Sénégal à concevoir des projets de barrages sur les marigots de la Basse Casamance. Le but c’est de produire deux (02) récoltes de riz par an et de « dégager le surplus pour l’exportation » (Aubrun et Marius).

Toutefois, la sécheresse des années 70, avec comme corollaire la rareté des pluies et le déséquilibre hydrologique du sol, a fini par remettre en cause toute hypothèse optimiste émise préalablement. On assiste ainsi à une remontée perceptible de la langue salée due à une « invasion des eaux marines dans tout le réseau hydrographique », occasionnant une détérioration accrue des sols propices à l’agriculture, en l’occurrence à la production du riz.

Dans l’espoir d’atténuer l’impact négatif de cette situation, le gouvernement du Sénégal a érigé à Affiniam un barrage, sur le marigot de Bignona qui est long de 66 km. D’un coût de six (06) milliard de FCFA, hors dévaluation, le barrage d’Affiniam est le fruit de la coopération entre la République du Sénégal et la République Populaire de Chine. L’enjeu, avec cet ouvrage, était de créer une retenue de 23 millions de m³ d’eau douce en année pluvieuse normale, pour protéger 11 840 ha dont 5600 ha envahis par la langue salée et 5880 ha de terres douces, d’après le Directeur du Barrage dans une note en date du 09 Août 2024.

Mais les informations reçues du Directeur, lors de son interview du 18 janvier 2025, porte à croire qu’il n’y a jamais eu d’Etude d’Impact Environnemental, Economique et Social (EIEES) avant la réalisation de l’ouvrage. Est-ce le cas également, pour l’évaluation de l’impact de l’ouvrage sur le bien-être des populations cibles ? Si l’on admet, avec le Directeur, que le barrage est « fonctionnel et joue pleinement son rôle », alors il y a lieu de constater que ce « barrage anti-sel » nécessitant la bouchure de l’embouchure du marigot de Bignona, apparait comme un « barrage anti-population » aux yeux des prétendus bénéficiaires de la zone cible. Il joue contre ces populations en produisant des effets contraires à sa mission. Il assèche leurs espoirs et les contraint à l’exode rural. Le calvaire qu’elles vivent et subissent, depuis plus de 40 ans, n’a que trop duré et ne saurait continuer au nom du « droit au bienêtre ». D’ailleurs, ces populations impactées négativement se réserveront d’entreprendre des démarches auprès des juridictions et/ou organismes compétents en vue de réparer cette injustice environnementale et socio-économique. En attendant, pour elles la solution se trouverait dans la réhabilitation du marigot de Bignona et l’aménagement de petites digues anti sel comme ce fut dans le passé.

Regroupées autour d’une structure dénommée Cadre de Concertation Sur le Barrage d’Affiniam, ces populations se permettent de vous tenir informer de cette initiative, à travail ce présent mémorandum, en vue d’accompagner ce processus.

  1. GENESE DU BARRAGE D’AFFINIAM

Les étapes ci-après ont marqué le processus de mise en place du Barrage d’Affiniam :

  • Années 70 : Sécheresse, variabilité climatique, baisse de la pluviométrie et dégradation des sols.
  • Le 23 Novembre 1973 : Signature à Beijing des Accords Economiques et Techniques entre la République Populaire de Chine et la République du Sénégal
  • Le 30 Novembre 1984 : Démarrage des Travaux du Barrage
  • Le 30 Avril 1988 : Achèvement des travaux du Barrage pour un coût de Six (06) milliards de FCFA avant dévaluation
  • Le 10 Juin 1988 : Réception Technique du Barrage
  • Le 21 Octobre 1988 : Remise officielle de l’ouvrage aux autorités sénégalaises
  • Entre Janvier 1989 et Janvier 1996 : Organisation de quatre (04) missions chinoises sur le site pour former le personnel sénégalais et prodiguer des conseils dans la gestion du barrage
  • Le 09 Janvier 1996: Rupture des relations diplomatiques entre la Chine et le Sénégal
  • Le 11 Janvier 1996 : Départ des coopérants chinois
  • Le 25 Octobre 2005 : Reprise des relations diplomatiques entre les deux états avec une reconversion du prêt des six (06) milliards dédiés à la construction du Barrage en un don de la Chine pour le Sénégal.
  • 2019 : lancement des travaux de réhabilitation du barrage
  • 2020 : Fin de la réhabilitation et réception de l’ouvrage
  1. DESCRIPTION DE L’OUVRAGE ET SES MISSIONS

Le Barrage d’Affiniam comprend :  

01 évacuateur de crues muni de 05 vannes de 10 m de largeur sur 7,2 m de hauteur

01 passage d’embarcation des pirogues dont le poids total n’excède pas 23 tonnes

01 chenal de dérivation d’une longueur de 1700 m

01 digue contre la marée d’une longueur 3970 m

01 barrage de bouchure situé sur l’ancien lit du marigot ; d’une longueur de 135 mètres et d’une hauteur de 7.5 mètres.

Le Barrage avait pour mission :  

-D’empêcher la remontée des eaux salées en amont du barrage, tout en permettant l’évacuation en aval des eaux de drainage (issues du lessivage des terres salées) et des eaux de crues.

-De dessaler progressivement les terres protégées en vues de leur mise œuvre en œuvre

-De maitriser les eaux de ruissellement du bassin versant pour l’alimentation en eau des terres rizicoles

-D’atteindre l’autosuffisance alimentaire

-D’augmenter le revenu du monde rural et freiner l’exode rural.

Pour atteindre ces résultats, la réalisation du barrage devait être accompagnée par la réalisation d’aménagements secondaires, de périmètres maraichers, de bassins piscicoles, de forages, etc.

III. SITUATION ET CONSTATS

A ce jour, le barrage anti – sel a été réhabilité. Il est fonctionnel. Les statistiques de la direction du barrage révèlent une présence de 02 à 03 grammes de sel par litre en amont du barrage contre 60 grammes par litre en aval. En clair, l’ouvrage joue pleinement son rôle consistant à empêcher la remontée de la langue salée, d’après le Directeur. A ses yeux, « sans la présence de cet ouvrage, tous les bas-fonds (superficies rizicultivables) seraient submergés deux fois par la marée haute, avec comme conséquence un dépôt de sel et une augmentation de la salinité ». Aussi, l’ouvrage permet de relier les deux rives du marigot. Enfin, dans le cadre de la « Promotion de la culture intensive du riz dans la vallée de Bignona », l’Etat du Sénégal avait bénéficié, à travers le Programme National d’Autosuffisance en Riz (PNAR), un prêt de deux (02) millions de dollars de la Banque Mondiale pour « l’étude, la construction des ouvrages et la mise en valeur de 1000 ha de bas fond dans la vallée ». A ce sujet, dans une lettre d’information n°001/MASAE/PDCVR/AS/RAS en date du 03 Janvier 2024, le Responsable de l’Antenne Sud du PDCVR avait eu l’honneur de tenir informer Monsieur le Gouverneur de la Région de Ziguinchor du démarrage officiel des travaux d’aménagement des vallées de Bagaya, Mandégane, Affiniam, Diatock, et Diagobel. A l’occasion, les dates du 09 au 11 janvier 2025 avaient été retenues pour une remise de site à l’entreprise KAMAC.

Ce que le cadre de concertation considère comme un saupoudrage, une provocation et un entêtement à ignorer les cris de cœur d’une population impactée négativement et chroniquement désabusée pendant plus de 40 ans. Cela rappelle, curieusement, certains germes qui ont contribué à l’éclatement de la crise en Casamance. Et puis, si 1 000 ha sont prêts à être aménagés pour une période de 40, alors il nous faudra combien d’années pour réaliser l’aménagement des 12 000 ha rizicultivables ? Le paradoxe pour des populations désemparées c’est de lui imposer unilatéralement la tyrannie de la culture du Riz dont la consommation est à l’origine d’un certain nombre de maladies chroniques. Pourtant, l’histoire nous a toujours appris que l’homme vit de cueillette, de chasse et de pêche.

De toutes les façons, le constat des populations est que le barrage d’Affiniam est le principal responsable du bouleversement sans précèdent de « l’environnement biophysique » dont la première victime est le marigot de Bignona qui constituait pour ses riverains une source, à la fois, d’alimentation et de revenu. C’est ce que confirment les conclusions de l’atelier sur « Eaux et Sociétés face au changement climatique dans le bassin de la Casamance », tenue du 15 au 17 juin 2015 à l’Hôtel Kadiandoumagne de Ziguinchor. Justement, durant cet atelier, des membres, du Réseau Scientifique au Service du Développement en Casamance, ont fait le constat suivant: « surdimensionnée, par rapport à la vallée, la mise en place de cet ouvrage semble ne pas tenir compte de la qualité des sols et des modes d’utilisation, et du potentiel de la vallée, et ignore les casiers piscicoles et les vallées adjacentes ».

  1. SUGGESTIONS

Constatant ces faits et vivant quotidiennement une précarité provoquée et durablement maintenue, le Cadre de Concertation sur le Barrage d’Affiniam soutient sans ambages que la Réhabilitation du Marigot de Bignona précède tout Aménagement de Vallée. A cet effet, il suggère :

  1. Le débouchage de l’embouchure du marigot située entre 200 à 300 m de l’ouvrage afin de permettre aux marées hautes et basses de jouer pleinement leur rôle dans l’écosystème biophysique.
  2. L’érection d’un pont sur l’embouchure du marigot pour faciliter la circulation des personnels et des biens.
  3. La contre-expertise scientifique et technique sur l’ouvrage dans la perspective d’adapter les réalisations de barrages hydro-agricoles aux réalités du milieu.
  4. L’accompagnement des communes riveraines dans la mise en place de plans d’assainissement et de reforestation adaptés à la réhabilitation du marigot.
  5. La réadaptation de l’aménagement des vallées en fonction de la réhabilitation de marigot de Bignona.

Pour le compte du Cadre de Concertation Sur le Barrage d’Affiniam

Le Coordonnateur Lamine DEM DIATTA

 

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